Culture de langue

L’anglicisation : la mort de la langue française ?

« Hier, j’ai binge watché un film vintage qui était super cool ! ». Dans quelle langue cette phrase a été prononcée selon vous ? Français bien sûr ! Néanmoins, si vous regardez de plus près, elle contient cinq mots anglais. Ces mots sont des « anglicismes ». 

Il est vrai que si l’on utilise ces mots dans la vie courante, c’est qu’ils enrichissent probablement notre langue. Ce type de réflexion est partagé par les linguistes optimistes. Mais tous les linguistes ne sont pas optimistes… 

Selon d’autres, les anglicismes seraient un danger pour la langue de Molière. En effet, bien loin d’enrichir la langue française, ils remplaceraient des mots français déjà existants. Pourtant, combien y a-t-il de mots dans la langue française ? On estime environ à 35 000 (Petit Larousse Illustré) le nombre de mots dans le français courant et à près de 90 000 dans une langue plus châtiée. Si l’on pense simplement quantité, il est donc vrai que la langue française paraît disposer de suffisamment de mots pour pouvoir exprimer tout type d’idée, d’action ou de sentiment. 

L’enjeu de l’apparition des anglicismes dépasse aussi la question linguistique. On le sait, la langue est porteuse d’une culture et d’une identité. Ainsi, l’apparition des anglicismes ne concerne pas seulement les linguistes mais aussi toute la sphère politique. La sphère politique, c’est tous les citoyens, tous les français. Et l’insertion de mots anglais dans une autre langue peut être appréhendée comme une ingérence. Cette ingérence est bien évidemment involontaire de la part des pays anglophones mais servirait indirectement leur intérêt en promouvant leur culture qui est portée par leur langue. On peut bien sûr opposer à cette réflexion l’argument contraire qui est de dire que l’anglicisation de la langue française est une preuve d’ouverture sur le monde. Ces avis divergents sur un fait similaire prouvent bien le caractère politique du phénomène. 

L’anglicisation, est-ce la mort de la langue française ? Est-ce un potentiel affaiblissement du soft power français à travers le monde ? Fichtre… encore de l’anglais ! 

Les anglicismes les plus utilisés.

Si la langue française s’anglicise de plus en plus, certains anglicismes sont plus utilisés que d’autres. On a tenu à vous faire un rapide inventaire ! Ceux-ci sont d’ailleurs tellement utilisés qu’on les considère souvent comme des mots français à part entière. 

Voici donc une liste non exhaustive des anglicismes les plus utilisées au quotidien selon Wall Street English : 

  1. Best of 
  2. Spoiler
  3. Casting
  4. Thriller
  5. Star ou people
  6. Relooking
  7. Live
  8. Scoop 
  9. Talk-show
  10. Sponsor

Ces anglicismes sont en fait souvent utilisés à des fins de praticité. Il est vrai qu’il est plus simple de parler de « relooking » que de « changement radical de style ». Mais il est surtout surprenant de se rendre compte que ce mot n’existe pas en anglais ! Eh oui, c’est souvent le cas pour les anglicismes. Ils prennent une consonance anglaise sans pour autant l’être véritablement. Pour désigner un relooking, on parle ainsi de « makeover » ou de « restyling » en anglais. Le Français a en effet le don pour insérer de l’anglais et le manipuler à son aise : on parle souvent de “shooting” de mode, or le mode “shooting” aura plutôt le sens d’une partie de chasse pour un anglophone ! Il nous faudrait utiliser le terme “shoot”.

Le souci de praticité qu’on retrouve dans la plupart des anglicismes est d’autant plus sensible dans le vocabulaire professionnel. Dans le cadre professionnel, on recherche souvent l’efficacité voire la vitesse. En moyenne, les mots anglais sont plus courts que les mots français. Leur consonance est souvent plus percutante avec ce que les linguistes appellent des consonnes occlusives en fin de mot ou milieu de mot. Wall Street English a recensé quelques anglicismes utilisés dans un cadre professionnel qui disposent de cette caractéristique : 

  1. Deadline 
  2. Burn-out
  3. Afterwork 
  4. Marketing
  5. Bug

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive et il existe de nombreux autres mots à la consonance anglaise dans la langue française. Certains n’ont d’ailleurs pas d’équivalent français. On peut ainsi penser à « parking » ou « week-end ». 

L’anglicisation, un processus initié récemment. 

Il semble que le phénomène d’anglicisation de la langue française mérite quelques petits rappels historiques. Il faut d’abord rappeler que ce phénomène ne touche pas que la France. 

Dans les années 1870, Louis-Lazare Zamenhof, un jeune polonais, fantasme une langue internationale nommée l’esperanto. Si son projet fait quelques émules, on ne peut que constater son échec. Il semble finalement que ce soit une langue déjà existante qui fasse office de moyen de communication entre pays : l’anglais. Bien pratique pour nos amis anglosaxons ! Mais l’implantation de l’anglais comme langue internationale ne s’est pas faite par une initiative mais plutôt par un processus multidimensionnel dont nous avons atteint l’apogée : la mondialisation. Par une facilitation des échanges grâce aux nouvelles technologies de communication, les quatre coins du globe se sont rapprochés au point de devoir être capables d’échanger quotidiennement. L’anglais est ainsi devenu la langue parlée par le fameux « village global » décrit par McLuhan en 1967. 

L’omnipotence de la langue anglaise depuis les débuts de la mondialisation provient de faits historiques au-delà de faits linguistiques. Il est vrai que la langue anglaise est plus « facile » au niveau de la grammaire et de la prononciation. Mais c’est aussi et surtout car elle était déjà parlée par près de 450 millions de locuteurs au sortir de la Seconde Guerre mondiale, soit presque l’intégralité de son Empire colonial. C’est ainsi qu’elle a pu s’imposer plus facilement. 

En devenant la langue internationale, l’anglais a inévitablement infusé et influencé les langues propres de chaque pays, dont le français. On peut donc dire que les anglicismes du quotidien ont une origine historique relativement récente. Ils proviennent d’une « culture globale » diffusée par le biais de la langue de Shakespeare. Il ne faut néanmoins pas oublier que les premiers anglicismes datent du XIXe siècle. Les plus connus sont d’ailleurs utilisés par le plus grand ambassadeur de la langue française : Baudelaire. Ce dernier nomme ainsi un de ses recueils de poésie Le Spleen de Paris. Le mot « spleen » est un mot anglais qui désigne la rate. Or, selon les anciens, la rate était l’organe qui était à l’origine de la mélancolie. Avec Baudelaire, le mot « spleen » devient un mot relativement courant. Avoir le spleen c’est être mélancolique. Ainsi, sachant que Baudelaire utilisait déjà des anglicismes, l’anglicisation peut-elle réellement signifier la mort de la langue française ?

L’anglicisation, l’effacement de la langue et de la culture française ? 

Bien que Baudelaire utilise des mots anglais pour enrichir sa langue et sa poésie, l’anglicisation a toujours et est encore une source d’angoisse pour les gardiens de la langue française. En 1994, la loi Toubon est ainsi promulguée pour promouvoir des mots à consonance française plutôt que des anglicismes. L’initiative peut faire sourire, d’autant qu’elle est un véritable échec. À titre d’exemple, cette loi voulait remplacer le mot « week-end » par « vacancelle ». Malgré cet échec dans les faits, les sages de l’Académie Française ne lâchent pas l’affaire. En 2019, ils ont émis un communiqué pour demander aux pouvoirs publics de mieux respecter cette « loi Toubon », se disant préoccupés par le développement du « franglais » .

 

On peut alors se demander pourquoi tant d’inquiétude face à ces transformations de notre langue. La première raison est culturelle. La langue est le reflet d’une identité. La conserver telle quelle, c’est conserver l’identité française telle qu’elle est. Est-ce le bon choix ? C’est une autre question… Mais au-delà de l’aspect politique de cette inquiétude, elle revêt un aspect plus pratique. La pratique des anglicismes est aussi source d’un affaiblissement du niveau des français en orthographe. Café devient alors « Caffé », correspondance devient « correspondence », danse devient « dance » ou encore trafic devient “traffic”. La confusion dépasse même parfois l’orthographe pour aller jusqu’au sens. Combien de fois entend-on aujourd’hui au détour d’une conversation « laissez-moi vous introduire mon ami X » plutôt que « laissez-moi vous présenter mon ami X ». Cette confusion vient en effet de l’anglais « to introduce ». En français, introduire veut dire toute autre chose !

Il n’est néanmoins pas trop tard pour lutter contre les fautes d’orthographe ! Pour cela, il existe une plateforme en ligne nommée OrthographIQ. Grâce à ses exercices quotidiens, elle assure des progrès rapides et efficaces. Chaque nouvel exercice s’adapte aux fautes que vous avez commises dans le précédent tout cela grâce à 8 minutes par jour. Alors n’hésitez-pas, contre les effets néfastes de l’anglicisation, OrthographIQ est l’outil idéal

L’anglicisation, un moyen d’ouverture au monde ? 

Ne soyons pour autant pas si pessimistes. Si le mot fait peur, l’anglicisation n’a pas que des effets négatifs sur notre belle langue. On l’a déjà vu, au quotidien comme dans le cadre professionnel, elle la dote de mots souvent plus pratiques et efficaces. Elle la dote même parfois de mots qui n’existent pas à l’origine dans la langue française. 

Mais plus qu’un simple outil de communication, l’anglicisation peut aussi être vue comme une ouverture au monde. Une ouverture en premier lieu vers la culture anglo-saxonne et plus largement vers le monde entier puisque l’anglais est la langue internationale. Utiliser des anglicismes, c’est en effet entraîner son oreille à reconnaître ce qui s’apparente à un vocabulaire anglais. Utiliser régulièrement des anglicismes c’est donc, par exemple, faciliter son approche de la musique anglaise. Or on sait que la scène anglophone est, depuis les années 1960 et les Beatles, la plus riche. Il serait dommage de s’en priver ! 

Même au niveau professionnel, utiliser des anglicismes peut être vu comme une première approche de la langue anglaise en elle-même. Et on connaît l’importance aujourd’hui d’être capable d’écrire un CV en anglais ou de donner une « interview » en langue anglaise. Si des cours d’anglais sont indispensables, il faut bien commencer quelque part. Alors ne soyez pas avares d’anglicismes pour vous forger une oreille anglophone. 

Finalement, l’un des trésors de la langue française, c’est bien d’être capable d’évoluer avec son temps et de s’ouvrir au monde sans pour autant se dénaturer. Ne soyons pas trop chauvins, dire « c’est cool j’ai trouvé une place de parking pour le week-end », c’est toujours parler français, soyez-en sûr !

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Publié le  
7/4/2022
 dans la catégorie :
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