Culture de langue

Quand les anglicismes tuent la langue française

Plan de l'article

Je suis overbooké, ça fait le buzz, ce n’est pas top... Que d'anglicismes !

Dans les années 90, le français s’opposait fermement aux anglicismes. Ainsi, on utilisait le baladeur au lieu du Walkman et un ordinateur au lieu de computer (ou de computeur). Mais le temps passe, et les Français campent de moins en moins sur leurs positions face aux anglicismes, et ils commencent à les utiliser comme des mots français dits “normaux”. Ce changement nous facilite la vie, mais est-ce qu’il est bon pour la langue elle-même ? Est-ce que les anglicismes tuent la langue française ? 

La langue, comme d’autres catégories de notre vie, évolue et change, et est soumise aux influences d’autres langues. La langue anglaise, absolument dominante depuis quelques décennies, influe aussi sur la langue française. Ainsi, on dit que “c’est top” quand on est content et l’on s’énerve quand on est overbooké. C’est assez évident pour les jeunes et les millenials, (et même pour les baby-boomers !) mais est-ce que c’est nécessaire ?

Du français dans l’anglais : contexte historique 

Auparavant dominante dans le monde intellectuel et culturel, la langue française a été une grande source d’inspiration pour la langue anglaise, ou plus précisément pour ses variants, qui sont apparus après la conquête normande de l'Angleterre en 1066. C’est à ce moment-là que le vieil anglais est supplanté et remplacé par l’anglo-normand qui a été utilisé sur le territoire anglais pendant plus de 300 ans. Vers le XVIe siècle apparaît l’anglais moderne naissant qui rétablit peu à peu l’utilisation de la langue anglaise à la cour et dans le milieu intellectuel anglais. Ce variant a été utilisé notamment par Shakespeare et malgré ses origines anglaises, possède dans son vocabulaire beaucoup, beaucoup d’éléments de la langue française. L'anglais appartient à la famille des langues germaniques, mais contrairement aux autres langues de ce groupe, il contient beaucoup d’éléments de la langue française et latine qui, elles, font partie des langues latines, aussi appelées romanes. En fait, on estime que presque 30% des mots anglais (dans un dictionnaire de 80 000 mots) sont d’origine française. On voit l’influence de la langue française dans les groupes de mots concernant les secteurs de la vie telles que l’armée, la technologie, la noblesse (prince, duke, marquess, viscount), la nourriture et plus précisément la viande (veal, mutton, beef, pork), mais aussi l’art (art, dance, music, theatre), la cuisine (caramel, casserole, mustard, soup), l’aviation, et beaucoup d’autres. 

Ainsi, cette influence de la langue anglaise, qui est l’une des langues les plus pratiquées au monde, sur la langue française, nous paraît facilement compréhensible.

De l’anglais dans le français au XVIIIe, XIXe et XXe siècle

Les anglicismes dans la langue française ne sont pas apparus hier : ils sont visibles depuis longtemps, mais il y en a de nombreux qui ont été francisés. Nous pouvons énumérer des mots comme redingote venant du riding-coat anglais, paquebot avec packet-boat anglais, boulingrin venant de bowling green ou encore le bol venant de bowl anglais. Dans le cas de ces mots, la racine anglais est en quelque sorte effacée. Ainsi, les Français, même les individus les plus puristes, ne se rendent pas compte qu’ils utilisent un anglicisme francisé. Avant le XVIIIe siècle, la tendance a été plutôt contraire : c'était plutôt les Anglais qui empruntaient les mots français.

Ce phénomène mène à une situation linguistique particulière : certains anglicismes dans la langue française d’aujourd’hui sont en fait des gallicismes en anglais à une certaine époque, ce qu’on appelle des réemprunts. Ainsi, René Étiemble dans son livre Parlez-vous franglais ? nous confie que le très actuel manager vient de ménager, comme ménagère, et management du ménagement (même si la signification n'est pas du tout la même). D’ailleurs, en 1964, l’année de la parution de son livre, Étiemble critique ouvertement cette tendance croissante d’inviter les anglicismes dans la langue française quotidienne, en disant « Comment alors se fait-il qu'en moins de vingt ans (1945-1963) ils (les Français) aient saboté avec entêtement et soient aujourd'hui sur le point de ruiner ce qui reste leur meilleur titre à la prétention qu'ils affichent : le français ». Aujourd’hui le débat est partagé entre les individus comme Étiemble, considéré comme le pourfendeur du franglais, et les personnes pour lesquelles la présence des anglicismes dans le français n’est qu’une des étapes d’évolution de la langue, cette dernière étant le reflet de notre société.

Les anglicismes dans la langue française, ou comment updater un système qui bug

Aujourd’hui, les anglicismes sont les plus visibles dans le monde du travail et de la culture. Pour ce premier, ce sont notamment les secteurs de l’informatique et de l’économie qui en utilisent beaucoup. Mais c’est surtout le monde naissant des start-up qui est le cœur des anglicismes sur le lieu du travail. Commençant par le mot start-up lui-même, en passant par le manager et management déjà mentionnés, en finissant par challenge, rechallenger qui mélange l’anglais challenge, le préfix re- et la construction verbale française, speed, sprint, sponsoring, update, bug... Le monde des jeunes entrepreneurs est rempli d’anglicismes qui sont très souvent utilisés, jusqu’au point de devenir ridicules. La question n’est pas non plus évidente dans le cas de la culture et des réseaux sociaux, tellement présents dans la vie des jeunes générations. Il y a 10 ans, on était tous sur Facebook, en likant les posts (aimant les publications).

Aujourd'hui, on continue sur Instagram et TikTok, où les photos et les vidéos des jeunes influenceurs et influenceuses qui dansent pour faire le buzz deviennent virales en quelques heures. Même pour les adultes plus âgés, il y a certains anglicismes qui se sont incrustés dans leur vie : après avoir fini le travail où ils ont donné un feedback à leur team sur le dernier projet, ils lisent un best-seller ou regardent un remake de leur film préféré... Puis, ils doivent trouver un bon coach mental afin d’éviter un burn-out à 40 ans (on rigole !). 

Faux anglicismes dans la langue française

Mais la présence de l’anglais est visible dans presque chaque secteur de notre vie, et ce dans sa forme changée qui parfois n’est pas la bonne. Ainsi, ils existent dans la langue française de faux anglicismes, c’est-à-dire des mots qui par leur construction et leur prononciation semblent faire partie de la langue anglaise, mais qui ne sont pas utilisés de la même manière ou qui ont une autre signification dans la langue anglaise. On peut ainsi énumérer baby-foot très bien connu par les Français, qui pourtant n’existe pas chez nos amis britanniques. On dit plutôt table football, ce qui est un nom un peu plus compréhensible. En France, beaucoup de personnes portent des baskets Stan Smith. Cependant, les baskets sont plutôt des trainers ou des sneakers en anglais. Le catch qui oscille entre le kitsch et l’absurde, un sport passionnément adoré aux États-Unis, y est désigné par le nom de professional wrestling. Pendant qu’en France, le jogging désigne l’activité sportive, mais aussi le vêtement, dans les pays anglophones, le jogging concerne exclusivement l’activité sportive. De plus, si en anglais il ne s’agit que du sport, en français on peut faire du jogging… en jogging ! Dans les pays francophones, pour nettoyer nos vêtements, on utilise le pressing, en Angleterre c’est plutôt le dry cleaner. Pour les occasions spéciales, on porte un smoking. Aux États-Unis, c’est un tuxedo, en Angleterre : un dinner jacket. La liste est longue et la surprise et la confusion des anglophones qui viennent en France, grande !

Jean Tournier dans son livre Les Mots anglais du français explique qu’on peut aussi parler de sémantique anglicisée en français, où « l’on emprunte un sens d’un mot anglais qui a une forme très voisine de celle du mot français historiquement correspondant ». Ainsi, on parle d’une opportunité (opportunity) d’emploi au lieu de possibilité, et en informatique, on utilise une librairie (library) au lieu de bibliothèque. 

On francise aussi des mots anglais, le plus souvent en ajoutant le suffixe –er à la fin du verbe. Certains verbes construits de cette manière sont entrés dans la langue française courante. Ainsi, chez OrthographIQ, on peut booster notre mémoire grâce au micro learning !

Face à ces transformations parfois bizarres et forcées, on peut se poser une question : si la signification n’est pas la même, pourquoi utilise-t-on des mots anglophones au lieu d’en choisir un d’origine française ? C’est top d’utiliser la langue diversifiée, mais après tout, il y a environ 90 000 mots dans la langue française : il y a de quoi choisir ! 

La lutte contre les anglicismes ? 

Pour conserver la langue française, de nombreuses associations luttent contre les anglicismes qui sont considérés nuisibles pour l’évolution de cette première. Depuis les années 1970, le gouvernement français essaie de limiter l’usage des anglicismes et de fournir des substituts français de même signification. Ainsi, on utilise un logiciel au lieu de software, et un baladeur au lieu d’un walkman. Le mot informatique est aussi l’effet de cette politique d’élimination des anglicismes ; inventé en 1962, ce mot est une contraction des mots information et automatique

Côté administratif, c'est surtout le Décret du 3 juillet 1996 relatif à l’enrichissement de la langue française qui lutte contre l’excès des anglicismes dans la langue française. Il a pour but d’enrichir la langue française afin de répondre à des besoins culturels et technologiques liés à l’évolution de ces secteurs. Nombreuses institutions participent à ce dispositif. On peut notamment évoquer l’Académie française ou la délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF). Il existe aussi une Commission d’enrichissement de la langue française (auparavant appelée Commission générale de terminologie et de néologie). Son but consiste à favoriser l’utilisation de la langue française au lieu de substituts anglais très répandus, ainsi que l’enrichissement de cette première. 

L’utilisation des anglicismes dans le contexte civilisationnel

La langue française est un trésor national. Néanmoins, il est de plus en plus difficile de la préserver : la mondialisation totale et la popularité croissante de la langue anglaise qui, elle, est beaucoup plus facile à apprendre que la langue française, font que le français se trouve parfois désavantagé. L'utilisation d’anglicismes dans le milieu professionnel devient de plus en plus évidente. On constate la même chose quand il s'agit des réseaux sociaux où la jeune génération cherche à faire le buzz et, plus généralement parlant, d’Internet, où la langue anglaise est la plus utilisée. Ainsi, les jeunes sont habitués à la présence de smartphones dans leur vie depuis leur plus jeune âge, mais aussi à l’anglais. On observe pourtant une tendance assez intéressante de défense de la langue française, même dans les SMS : au lieu de lol (lot of laugh) et de lmfao (laughing my fucking ass off), les Français meurent de rire (mdr) ou sont pétés de rire (ptdr). S’ajoute à cette tendance, l’utilisation vigoureuse de l’argot et du verlan, qui est une bonne façon d’enrichir la langue française sans y introduire d’anglicismes. 

Finalement, il ne faut pas oublier que les anglicismes peuvent non seulement enrichir la langue, mais aussi élargir nos horizons et nous encourager à approfondir notre connaissance de la culture des pays anglophones. Sans excès et sans le superflu, les éléments anglais dans la langue française peuvent nous aider à nous exprimer et à diversifier notre discours, surtout dans le milieu professionnel. 

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Publié le  
8/2/2022
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